Le cabinet de consulting et de ressources humaines Diorh Mercer a publié une enquête sur les salaires du secteur privé au Maroc. Conclusion : de très fortes inégalités dans les rémunérations. Décryptage.

Le secteur du management se démarque largement

Le cabinet Diorh Mercer a mené son enquête auprès de 166 entreprises issus de secteurs industriels différents et auprès de 28 000 employés et cadres. Le constat majeur est un fort écart de rémunération au Maroc entre les directeurs et les managers et le reste des cadres. Le secteur du management se démarque en effet largement par ses salaires très supérieurs à ceux des autres cadres. Cette année encore, le salaire fixe des équipes managériales a augmenté, et encore plus vite que l’inflation (1,6%). Les managers sont ceux qui ont décroché la plus forte augmentation. Ce phénomène est dû à la rareté de certains profils en compétences.  Certaines entreprises vont jusqu’à recruter des Marocains à l’étranger, notamment en Europe. Les entreprises se trouvent alors parfois obligées de s’aligner sur les salaires européens. Résultat, pour les directeurs et les managers, les salaires ne sont donc pas très déconnectés des salaires européens. Ces dirigeants et managers sont même parfois mieux payés  que leurs collègues d’autres pays de la Méditerranée comme la Roumanie ou le Portugal

Au Maroc, des inégalités de salaires plus importantes qu’en France

Au Maroc, un dirigeant touche 11 fois plus qu’un non-cadre, contre 5,6 fois plus en France. Les dirigeants marocains touchent des salaires quatre fois supérieurs à la médiane du marché, et 11 fois plus que les non-cadres. L’écart est considérable. Il dénote d’une forte inégalité salariale. En France, par exemple, les top managers reçoivent 2,7 fois plus que la médiane, et 5,6 fois plus que les non-cadres. Le Maroc ne fait, cependant, pas exception par rapport à d’autres pays émergents. En Turquie, le salaire des dirigeants est 14,5 supérieur à celui des opérationnels, contre 16 fois en Roumanie. Cependant, les choses commencent à changer et les sociétés marocaines sont en train de s’améliorer et mettent ce sujet au cœur des discussions RH et rémunération. En effet, Les entreprises adoptent des politiques salariales très inégalitaires. Cela pose des questions en termes de mobilité et de gestion de carrière des jeunes.

Les secteurs de la haute technologie et de la pharmacie très rémunérateurs

C’est en effet l’un des constats de cette enquête : le secteur de la pharmacie ainsi que celui des hautes technologies tirent leur épingle du jeu concernant l’importance de la rémunération. Lorsque l’on compare les salaires par secteur à la médiane de marché, on s’aperçoit que les secteurs pharmaceutique, biens de consommation et high-tech sont considérés comme les meilleurs payeurs du marché. Ce sont des secteurs où les multinationales marocaines ou occidentales sont prêtes à rémunérer pour avoir de la compétence. Cette tendance est encore plus forte pour le hightec. De plus, Beaucoup d’ingénieurs IT  marocains quittent le pays pour tenter leur chance ailleurs. Ces dynamiques expliquent alors des rémunérations plus généreuses. Les entreprises sont obligées de leur proposer des salaires très importants alignés sur ceux de l’Europe pour les retenir. Pour les jeunes salariés, les diplômes d’ingénieurs sont ceux qui rapportent le plus, suivis de ceux de commerce. Les parcours étrangers sont un peu plus valorisés. Ils garantissent un premium salarial de 10 à 20 points, selon l’enquête. Néanmoins, cet avantage s’estompe avec le temps. A moyen terme, seule la qualité du profil compte.

Comparaison France/Maroc


L’enquête en chiffre :

  • 166 entreprises
  • 28 000 employés et cadres
  • 15 secteurs d’activité
  • 16 familles d’emploi
  • 700 postes

Des salaires qui continuent d’augmenter en 2018

L’inflation des salaires des hauts potentiels continue de s’accentuer. En 2018, les dirigeants ont vu leur salaire fixe garanti augmenter de 2,3%, contre 4% pour les managers et 3,8 pour les cadres. La pénurie de talents parmi les managers et middle managers contribue aussi à cette tendance.  Ainsi, Chef d’équipe, responsable qualité ou chef de projet digital font partie des profils les plus recherchés au Maroc. La rareté de ces compétences impacte effectivement les salaires. Au niveau des fonctions, la RH est celle qui paie le mieux, tous postes confondus, suivie de l’IT. La production et la logistique, par contre, assurent moins de revenus. Il faut noter qu’avec la digitalisation progressive des services informatiques, de nouveaux métiers porteurs sont appelés à se développer. C’est particulièrement pour tout ce qui concerne le stockage et la gestion de bases de données. Ce sont là les métiers du Big Data, comme le Big Data architect qui est chargé de l’optimisation des infrastructures de stockage de données en très grande quantité. Ces technologies numériques toucheront l’ensemble des secteurs d’activité, depuis l’ingénierie de la santé jusqu’aux métiers du E-commerce. Plusieurs enquête ont d’ailleurs que l’on ne connaît pas aujourd’hui tous les métiers qi existeront dans 10 ans.